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Chronique // EAST COAST vs WEST COAST
Chronique // EAST COAST vs WEST COAST

 

EAST COAST vs WEST COAST 

 

Aujourd’hui, chronique un peu spéciale, qui va revenir sur la vieille guerre East Coast / West Coast. Pour cela, je vais refaire un peu d’histoire.

 Ouestime

 

 Les origines du hip hop

Géographiquement, le hip hop prend sa source à New York et même plus précisément dans l’arrondissement du Bronx. C’est dans ce quartier que sont organisées à la fin des années 60 les premières Block Party.

 

 En 1967, un jeune immigré jamaïcain passionné de funk, Clive Campbell alias DJ Kool Herc fait danser le West Bronx. Le 11 Aout 1973, au 1520 Sedgwick Avenue, Kool Herc invente le premier break-beat de l’histoire. Rapidement, la fièvre des Block Party envahit New York, à commencer par le South Bronx où vit un certain Afrika Bambaataa, précurseur du hip hop.

 fleche d'or, divan du monde, la plage... par

 

   La culture hip hop : a way of life

Dans les ghettos américains des années 80, le hip hop a pris une place prépondérante dans la manière de penser et de se comporter en société. Il est devenu un style de vie et une véritable culture à part entière. Il permet à des jeunes (majoritairement afro-américains) de se faire entendre à travers un moyen d’expression populaire parfaitement en adéquation avec ce qu’ils ressentent et ce qu’ils vivent. Cette culture accentue le sentiment d’appartenance à un groupe, un clan ou un quartier. On imagine mal aujourd’hui à quel point le hip hop était devenu un centre névralgique où venait se fixer l’ensemble des tensions sociales, raciales et économiques d’un quartier. La culture hip hop de par sa force, sa créativité et son discours revendicateur a commencé à se propager peu à peu au-delà des frontières de ces ghettos.

  

La West Coast s’émancipe

Vers le milieu des années 80, à New York, des groupes comme Public Enemy ou Boogie Down Production tiennent le haut du pavé. De l’autre côté des States, le rap prend une autre tonalité sous l’influence de personnalités comme Ice T. ou les membres de N.W.A. Le son West Coast s’émancipe. À Los Angeles, le Gangsta Rap se popularise et rapidement, on retrouve ces groupes en tête des charts. Est-ce que cette émancipation artistique accompagnée de son succès énerve la East Coast ? C’est très probable.

 

 

  Les prémisses d’une guerre

Qui dit succès, dit argent. En effet, le rap devient peu à peu une manne financière providentielle : des MCs peuvent espérer sortir de la misère et des maisons de disques commencent à flairer le filon.

Tout cela fait que les tensions s’accumulent et que la concurrence s’accroît férocement. Et dans un monde où la violence est omniprésente, la situation peut plus rapidement s’envenimer. Quand l’argent débarque, les gangs convoitent et le rap dérape.

Toutefois, arrêtons tout de suite les amalgames, le hip hop n’est pas source de conflit. Au contraire, cette culture utilise l’expression artistique comme catalyseur de tensions. Par exemple, la Battle est un élément essentiel de la culture hip hop. Joute verbale, joute dansée ou défi d’aller défoncer le mur réputé imprenable. La Battle permet, entre autres, d’évacuer les tensions et d’apaiser des conflits. Ingrédient essentiel pour réussir une Battle, il faut dédramatiser la situation et pour cela, tout est organisé sous forme de jeu festif. Ça doit rester du divertissement. Malheureusement il arrive que cette compétition déborde. Lorsque la tension est trop importante et que les égos se crispent, le sang finit par couler.


 Diss Song

Au fil des années, certains MCs ont commencé à régler leurs comptes à travers des chansons spécialement écrites pour évacuer leur rage et insulter d’autres MCs. Ce type de chanson porte un nom : « diss song ». « Diss » est la contraction de « disrespect ». Et c’est justement une « diss song » et même un « diss album » qui a mis le feu aux poudres entre East Coast et West Coast.

 

Tim Dog déclenche les hostilités

 

En 1991, Tim Dog, un MC originaire du South Bronx, sort son premier album, Penicillin On Wax. L’introduction donne le ton, Tim Dog reprend un sample de N.W.A., en les insultant copieusement. Extrait : "I stole your beat and made it better, to show the whole world that you ain't nothing but a bunch of pussies".

Historiquement, une page vient de se tourner. Tim Dog frappe fort et atteint le sommet de l’agressivité sur le track très explicite, Fuck Compton. La cible désigné : ce quartier de Los Angeles dont sont originaires notamment N.W.A. Tim Dog ridiculise le style et le flow des MCs de la West Coast. Tout y passe jusqu’à leur choix de voitures et leur manière de se saper. Eazy-E, Dr Dre et Ice Cube sont les premiers touchés. Détail important, Ice T. garde l’estime du rappeur.

http://www.youtube.com/watch?v=AwzeM2J3Emk&feature=related

Ce qui va d’autant plus énerver les gars de la West Coast, c’est que Tim Dog fait parti d’un possee très influent de New York. Il a commencé avec les Ultramagnetic MCs, un groupe qui jouit d’une grosse notoriété et a beaucoup contribué à l’évolution musicale du rap. D’autre part, ce groupe est très proche de KRS One et Boogie Down Productions.

 

     Les réponses fusent

Il est évident que l’album de Tim Dog a été vécu comme une déclaration de guerre. N.W.A. ne répondra jamais directement à ces attaques. Néanmoins on peut attribuer à Dr Dre quelques réponses indirectes faites par Snoop Dogg ou d’autres groupes comme Tha Dogg Pound. Pour finir sur Dre, après la libération de prison de Tupac en 1995, le premier single du MC, California Love, utilise un sample de Joe Cocker, le même utilisé par Ultramagnetic MCs sur l’un de leurs titres les plus emblématiques, Funky en 1987. Un hasard ?

Rodney O & Joe Cooley, considérés comme des piliers du rap West Coast, vont signer leur prochain album, paru en 1993, Fuck New York.

 

Les réactions West Coast sont nombreuses, agressives et même parfois disproportionnées. On s’éloigne peu à peu du terrain musical.

Ajoutons que cette petite guerre fait les affaires des maisons de disque et de la presse spécialisée. On se passionne, on prend position, bref on achète pour savoir jusqu’où ça ira.

 

        Tweedy Bird Loc

 

En 1992, Tweedy Bird Loc sort son premier album, 187 Ride By. Pour la petite histoire, Tweedy Bird Loc est un pote d’Eazy-E. Ils ont grandi ensemble et ont fait parti du même gang, les Crips. Alors lorsqu’Eazy-E rencontre la notoriété avec N.W.A., Tweedy Bird lui demande de le signer chez Ruthless Records. Le refus qui suit déclenche sa colère. Sur son premier album, il signe une diss song spéciale pour Eazy-E, mais sur le même album, il défonce Tim Dog et son quartier avec le morceau, Fuck The South Bronx. Comme quoi les rivalités les plus lointaines sont les plus coriaces. Peu avant la mort d’Eazy-E, atteint du sida, Tweedy Bird Loc ferra la paix avec lui. Aujourd’hui, il produit sur son label le fils d’Eazy-E, Lil Eazy-E

Historiquement, Fuck The South Bronx a moins d’impact que Hit’Em Up de Tupac, par exemple. Tweedy Bird Loc n’est pas vraiment un rappeur qui jouit d’une grande notoriété, d’ailleurs peut-être la cherchait-il en faisant parler de lui à travers ces diss songs. Toutefois le titre est intéressant car il souligne parfaitement l’opposition de style entre New York et Los Angeles.

Sur le fond, Fuck The South Bronx est clairement un flot d’insultes à l’encontre de Tim Dog et même KRS One est explicitement visé. Attaquer KRS One relève plus de la provocation. Il faut attaquer un symbole du quartier adverse pour attiser la haine.

Sur la forme, je suis bien obligé d’avouer que j’aime le son.

http://www.youtube.com/watch?v=kP05iyXnV5Q

 

      La suite

   

La suite est bien connue. La tension se cristallise autour de deux labels : pour la West Coast, le label de Dr Dre et Suge Knight, Death Row records, pour la East Coast, le label de Puff Daddy, Bad Boy Records.

Deux artistes emblématiques sont en première ligne dans cette guerre, Notorious B.I.G. et Tupac Shakur. Tout les deux mourront assassinés à 6 mois d’intervalle, le 13 septembre 1996 pour Tupac, le 9 Mars 1997 pour Notorious.

Quant aux deux labels, ils ont généré les plus gros revenus de l’industrie du rap des années 90/2000. Death Row a généré près de 750 millions de $ de bénéfice et Puff Daddy a une fortune personnelle estimée à 500 millions de $.

 

Written by Arkmay

 

 

Une dédicace spéciale pour finir (il se reconnaitra)

http://www.youtube.com/watch?v=gFd8tWlnjtY

 


 


 


- posté par reno -